Abus sexuels et dénonciation de prêtres : on ne peut pas faire n’importe quoi avec la Justice

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Symboles_de_la_Justice_ornant_la_frise_du_premier_%C3%A9tage,_palais_du_parlement_de_Bretagne,_Rennes,_France.jpg

Depuis de nombreuses révélations de cas d’abus sexuels de certains prêtres contre des enfants et le Sommet du pape François pour lutter contre ces crimes, il semblerait que le nombre de plaintes augmentent. C’est en tout cas ce que laisse penser la médiatisation de ces faits. Si les fidèles saisissent la Justice pour condamner un prêtre qui est soupçonné d’abus, c’est une chose tout à fait légitime. En revanche (et je l’avais déjà mis en garde dans mon dernier article), s’en est une autre de porter plainte pour se venger d’un prêtre dont le reproche n’a rien à voir avec les actes de viols. Certains faits d’actualité illustrent le gros décalage entre le droit à la présomption d’innocence qui est dû à chaque accusé et le traitement médiatique de ces affaires judiciaires qui donnent l’impression que le prêtre en question est déjà coupable. Les enquêtes judiciaires doivent être menées avec rigueur et on ne peut pas faire n’importe quoi avec la Justice. Voici quelques exemples qui le montrent.

En France, suicide de deux prêtres et plainte d’un autre pour dénonciation calomnieuse

Ce fut un choc pour l’Église catholique de France lorsque nous avons appris le suicide de deux prêtres dans deux diocèses différents. Nous ignorons à l’heure actuelle les causes qui les ont provoqué. Selon certains journaux, les prêtres en question auraient été sous le coup d’une plainte pour abus sexuel. Le premier suicide intervient à Rouen où un jeune prêtre de 38 ans a été retrouvé sans vie dans son presbytère. Il était sous le coup d’une enquête car une jeune femme l’avait soupçonné de comportement inapproprié sur sa fille alors qu’aucune plainte n’avait été déposée contre lui selon des sources policières (1). Le second suicide est celui d’un autre également âgé de 38 ans dans le diocèse d’Orléans (2). Le motif était le même : la mère d’une jeune fille le soupçonnait de comportement indécent sur cette dernière. Par exemple, elle l’avait vu la prendre dans ces bras et l’emmener dans sa voiture. A Orléans, le diocèse est l’un des pionniers dans la lutte contre les abus sexuels. De plus, selon la gendarmerie, certains gestes commis par le prêtre ne correspondaient pas forcément avec l’attitude d’un pédophile. En outre, il n’était pas passible de poursuite puisqu’aucune plaine n’avait été déposée contre lui. Enfin, l’évêque lui avait demander de prendre du recul et d’être accompagné par un professionnel indépendant pour voir si justement c’était lié à cette tendance.

Toutefois, ces suicides laissent les catholiques perplexes. Pourquoi ce sont-ils suicidés ? Partant de cette question, on peut apporter trois hypothèses.

  • La première est qu’ils n’ont pas assumé leurs actes et qu’ils ont préféré fuir leurs responsabilités plutôt que faire face à la Justice. Mais dans ce cas, il aurait fallut attendre l’enquête pour que les premiers éléments apparaissent. Malheureusement, leur suicide la rendrait beaucoup plus difficile si elle avait lieu.
  • La deuxième est qu’ils n’ont pas supporté les accusations alors qu’ils étaient innocents. C’est également possible. Mais cela pose leur capacité de faire face aux accusations dont ils étaient l’objet. Étaient-ils vraiment clairs dans leur tête ? Impossible à répondre.
  • La troisième est que ce suicide est l’accumulation de plusieurs choses dont le déclencheur a été cette enquête pour abus. Il est également fort probable que ce soit le cas. Après tout, nous ignorons tout de sa situation dans leurs paroisses respectives. Étaient-ils en conflit avec certains fidèles ce qui auraient entraîné des dérives de leur part ?

Un autre cas qui a été un peu médiatisé cette fois-ci. Un prêtre a porté plainte contre un couple pour dénonciation calomnieuse. Il était en conflit avec un couple qui l’avait accusé d’avoir abusé de leurs enfants (3). Le prêtre âgé de 71 ans a été soupçonné d’agressions sexuelles alors qu’il est à la tête d’un Foyer de Charité qui accueil des familles pour des retraites spirituelles. Pendant l’enquête, il a donc été suspendu de ces fonctions et éloigné du lieu. Selon le couple, les intentions du prêtres étaient bizarres : il leur a demandé s’il pouvait les prendre en photos, s’il pouvait venir visiter une chapelle avec lui dans les bois et au plus jeune de revenir le lendemain pour réparer son vélo. En outre, le couple affirme avoir entendu d’autres parents dire que leurs garçons ont reçu des attouchements venant de ce prêtre. Face à cela, le couple envoie un courrier de dénonciation et l’évêque dénonce son prêtre. Mais durant l’enquête les choses se compliquent. Lors de leurs audition, les gendarmes entendent une trentaine de personnes. Aucune ne confirme la version du couple qui a porté plainte. Le prêtre porte plainte pour dénonciation calomnieuse. On découvre qu’un conflit immobilier l’oppose avec ce couple et on s’interroge si ce dernier n’a pas voulu se venger sur le prêtre.

En Australie, la condamnation du numéro 3 du Vatican mise en cause par des spécialistes

Plus récemment encore, le numéro 3 du Vatican, un cardinal australien a été démis de ses fonctions pour des viols sur mineur. Le cardinal Georges Pell n’est désormais plus secrétaire en charge de l’Économie du Vatican (4). Ce qui choque encore plus car c’est un proche du pape François qui a été condamné. La justice australienne avait ordonné une ordonnance de suppression d’une durée de deux mois pour préserver la bonne tenue des débats et éviter la pression sur les jurés. On remarquera que ce n’est pas le cas en France où certains procès pour abus sexuels par des prêtres sont tenus publics.

Mais selon un article du Guardian, certains spécialistes du droit affirment que la condamnation ne s’est basée sur aucun argument juridique mais sur une simple conviction des Juges et jurés (5). Selon l’avocat de la défense, la condamnation s’est faite sur trois facteurs clés : l’interdiction de la diffusion de la preuve de la vidéo, le caractère déraisonnable de la condamnation (50 ans de prison) et la composition du jury. Les experts australiens affirment que la décision n’a pas été prise sur la base d’une preuve d’où le caractère déraisonnable de la condamnation et selon eux, l’appel aurait de bonne chance d’aboutir. Quant à la vidéo, certains pensent qu’elle aurait montré qu’il était impossible pour le cardinal d’être tout seul dans la cathédrale avec les enfants de chœur au moment des fait qui lui sont reprochés. Enfin, le dernier motif est la composition du Jury. Cela laisse entendre qu’il a été partial dans sa décision. Par exemple, un des jurés connaissait un membre de la famille de la victime ce qui aurait pu influencer la décision.

Selon les experts, il y a donc de bonnes raisons pour annuler la peine. D’une part, il n’y avait pas de témoin clé dans le procès pour condamner le cardinal. D’autre part, une des victimes avait nié avoir été agressé avant de mourir. Si de tels faits étaient démontrés lors de l’appel alors le cardinal pourrait s’en sortir sans condamnation.

Conclusion

Quel enseignement tirer de ces nombreux exemples ? Qu’on ne peut pas tout se permettre avec la Justice. Si la lutte contre les viol sur mineur un combat légitime, le respect des règles de droit est également primordial. Au-delà de la procédure judiciaire, c’est aussi la réputation d’un homme que certains pourraient se permettre de détruire pour des raisons autres que les faits qui lui sont reprochés. En France, deux principes de droit doivent être rappelés pour éviter les pressions : la présomption d’innocence et le secret de l’instruction (6). Tant que le Jury n’a pas déclaré la culpabilité, le suspect est toujours innocent. Le secret de l’instruction permet de protéger les professionnels et certains témoins des pressions médiatiques et politiques. Sur les médias, la chose est moins clair car ils ne sont pas interdit de publier une affaire judiciaire couverte par le secret mais la personne qui a transmis la source l’a enfreint. De même, être convaincu de la culpabilité d’une personne ne veut pas forcément dire qu’elle l’est vraiment. Et il est parfois préférable d’avoir un doute plutôt que condamner un innocent. Ces différentes affaires mettent très bien en lumière la volonté de dénoncer à tout va des personnes pour d’autres raisons en s’appuyant sur des scandales qui sont condamnables. Si nous continuons dans cette situation alors la Justice n’en sortira pas grandi et les victimes ne pourront jamais se reconstruire.


(1) Source : https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Le-diocese-Rouen-bouleverse-suicide-dun-jeune-pretre-2018-09-18-1200969823

(2) Source : https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/pretre-Loiret-mis-cause-comportement-inapproprie-sest-suicide-2018-10-22-1200977781

(3) Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/pedophilie-un-couple-juge-pour-la-denonciation-calomnieuse-d-un-pretre-de-la-marne-27-02-2019-8021436.php

(4) Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/condamne-pour-pedophilie-le-numero-3-du-vatican-est-demis-de-ses-fonctions-26-02-2019-8020959.php

(5) Source : https://www.theguardian.com/australia-news/2019/feb/28/george-pell-has-good-chance-of-winning-appeal-against-convictions-expert-says?fbclid=IwAR3ldOF-Ha_hqqR4i1FitJxab5n563YWHSeI_wZk6JQxk1wGcumesfy7uD4

(6) Source : https://justice.ooreka.fr/astuce/voir/528519/secret-de-l-instruction

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Auteur : Regard d'un catholique

Je suis catholique pratiquant. Mes idées s'inspirent de la Doctrine Sociale de l'Église catholique. Sur le plan politique, je suis souverainiste, social et conservateur.

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