Tribune d’Emmanuel Macron : les illusions européennes du Président de la République

Source : http://en.kremlin.ru/catalog/persons/518/events/55015/photos/49359

Alors que va commencer la campagne des élections européennes, le Président de la République a décidé de publier une tribune à destination des 28 États membres de l’Union européenne. Elle s’intitule : « Pour une relance européenne ». Elle a été massivement diffusée sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux mais peu de Français et d’autres pays membres de l’UE sont convaincus de la vision du Président sur l’Union européenne. Car cette tribune pose un gros problème : non content de ne pas analyser les causes de la crise que traverse l’UE, le président n’apporte pas beaucoup de solutions concrètes pour en sortir. Et c’est là que le bas blesse.

Quelques remarques préliminaires

Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont le texte a été présenté par de nombreux journalistes et observateurs politiques. Pour beaucoup, c’est un texte historique qui ferait l’état des lieux sur les dangers que traversent l’UE. On peut légitimement se demander pourquoi la parole du président de la République française aurait plus de poids que ses homologues européens (Espagne, Italie, Allemagne ou d’autres pays). Pourquoi la vision de l’Europe d’Emmanuel Macron serait-elle plus légitime que d’autres ?

En tant que chrétien, que peuvent bien nous apporter l’Europe et l’Union européenne ? Ne confondons pas les deux. L’Europe est le continent sur lequel la France cohabite avec ses voisins. L’Union européenne est une organisation supranationale qui réunit sous un même toit 28 pays pour appliquer une même politique économique et sociale. Les chrétiens n’ont pas tous les mêmes opinions sur l’UE et c’est normal. L’Église ne s’est jamais prononcé sur la forme institutionnelle que devrait prendre l’Europe. Doit-il rester un continent ou se transformer en organisation fédérale ? Cela reste l’affaire des citoyens et c’en est ainsi. En revanche, l’Église a toujours fait attention à ce que les différentes politiques publiques servent le Bien commun à commencer par le plus faible. Et là, il y aurait beaucoup à dire.

Un manque de constat dans cette tribune

La tribune du Président commence par dénoncer la situation du Brexit. Selon lui, les partisans du Brexit auraient menti aux électeurs britanniques. Depuis le rejet de l’accord entre le Royaume-Uni et l’UE, Theresa May n’arrive pas à trouver des compromis entre europhile et brexiters pour se sortir de cette situation. Il y a beaucoup de mensonges énoncés par les pro-européens dont notre Président fait partie. Tout d’abord, toutes les prévisions catastrophiques proclamée par les europhiles ne se sont pas réalisées. La croissance économique du RU ne s’est pas effondrée (même si ça date d’avant le référendum), la Troisième Guerre Mondiale ne s’est pas déclarée…

Ensuite, la situation est dû au gouvernement britannique lui-même. De fait, Mme May est une partisane du Remain qui se voit gérer la sortie du RU de l’UE. Les députés conservateurs pro-UE n’ont pas voulu de Boris Johnson car ils ne lui ont pas pardonné d’avoir été favorable au Brexit. Résultat, le Gouvernement n’est pas uni sur la question et Mme May est pris entre défendre les intérêts britanniques et ses convictions politiques propres. Cette situation instable a entraîné de nombreuses démissions et certains l’ont accusé de faire double jeu. La logique aurait voulu que le Gouvernement soit composé de conservateurs pro-Brexit, de travaillistes pro-Brexit et d’autres électeurs pro-Brexit comme ceux de l’UKIP de Nagel Farage qui a été à l’origine de ce référendum. David Cameron a été contraint de le faire pour éviter que l’UKIP obtienne énormément de voix lors des élections législatives. A cela s’ajoute la volonté de l’UE de punir le RU car les européistes ont peur bleue du référendum et ne veulent pas non plus que le RU donne une mauvaise idée à d’autres pays.

Pour le Président, le Brexit serait le symptôme d’une Europe qui fonctionne mal. Mais il ne dit pas pourquoi. Quelles sont les causes de cette situation ? C’est la politique économique que soutient Emmanuel Macron qui en est la cause. On peut citer notamment : un euro trop cher qui a un impact sur notre déficit commercial, une politique d’austérité qui dégrade la qualité du service public sous prétexte de faire des économies, la vente aux plus offrants nos grandes entreprises (Alstom), concurrence de certain services publics comme la SNCF, etc. En tout cas, les Français ne voient pas les effets qui ont été promu par les partisans de l’Union européenne. A cela s’ajoute la crise économique qui a accéléré le phénomène d’appauvrissement que nous craignons tous.

Les trois illusions du président de la République

La première illusion se fait sur la défense des libertés. Il propose de créer une Agence européenne de protection des démocraties. Mais il n’entre pas plus dans le détail. De plus, il ne dit pas par qui nous sommes menacés ? Serait-ce par les partis politiques qui critiquent l’UE ou proposent d’en sortir comme la Ligua en Italie, le PiS en Pologne ? Serait-ce par des ennemis extérieurs à l’Union européenne comme la Russie ? Rien n’est dit et nous ignorons même de quel façon sera faite cette Agence de protection des démocraties. La seule façon de protéger la démocratie est d’accepter les points de vue différentes ce qui est le principe même du débat public. Étant donné la situation française, M. Macron est mal placé pour donner des leçons de morales aux autres pays du monde entier : répression du mouvement des Gilets jaunes (au-delà des casseurs), main-mise sur les médias via un pseudo-débat national, interdiction de critiquer l’UE, son fonctionnement et sa politique, le politiquement correct a déjà bien fait les choses mais le Gouvernement en rajoute. Que dire également de la façon dont a été adopté le traité constitutionnel de 2005 par Nicolas Sarkozy ?

La deuxième illusion est la protection du continent. Petite précision sémantique : il ne faut pas confondre l’UE et l’Europe. L’UE est une organisation supranationale fonctionnant selon des règles qui ont été adopté par les États membres plus ou moins démocratiquement. L’Europe est un continent ou cohabite plusieurs pays mais rien ne les oblige à se fondre dans une organisation supranationale. M. Macron propose donc de remettre à plat l’espace Schengen qui permet la libre circulation des personnes. Il s’étend au-delà de l’UE puisque certains pays qui n’en font pas partie en son membre comme la Norvège. Mais alors, ce serait remettre en question l’un des principes de la libre-circulation des marchandises, des capitaux et des personnes qui sont l’esprit même des traités européens. Or, pour faire adopter cette mise à plat, il faudrait l’unanimité des États membres et également l’accord de ceux qui ne font pas partie de l’UE. Ça risque d’être très compliqué à obtenir car certains pays européens ont besoin de l’immigration tandis que d’autres non.

La troisième illusion est celle du Progrès. Encore et toujours ce progrès indéfini vers lequel on veut nous emmener mais il nous arrive toujours des lendemains qui chantent. M. Macron veut une harmonisation sociale pour la sécurité de chaque travailleur européen. Mais à quel niveau faut-il le faire ? Il y aura forcément des perdants car le plus petit SMIG est de l’ordre de 200 € tandis que le plus grand approche des 2000 €. Peut-on expliquer à des travailleurs d’autres pays qu’ils perdront de l’argent pour satisfaire les besoins d’un autre ? Ce discours d’harmonisation sociale est vieux car déjà l’UMP entre autres le reprenait à chaque élection. De même, comment peut-on se dire écologiste alors que certaines réglementation de l’UE sont contre l’environnement ? En plus, la République en Marche n’a jamais inscrit l’Écologie dans son programme. Le Gouvernement a reculé sur la sortie de la France du glyphosate alors que les deux Agences européennes et française de la santé le déclare dangereux pour la santé. Les contradictions ont bien été relevées par les partis de l’opposition même si ceux-ci ne sont pas clairs sur leurs projets par rapport à l’Union européenne.

Les raisons du blocage de l’Union européenne

Qu’est-ce qui donne cette situation de blocage dans l’Union européenne où les observateurs constatent avec impuissance que chaque projet qui est tenté sur quelque sujet que ce soit est immédiatement voué à l’échec. En fait, c’est lié à deux choses très importantes : d’une part, au rivalité nationales entre les 28 pays membres de l’UE et d’autre part, à cause de la procédure juridique pour adopter ces projets.

Les rivalités entre les États membres de l’UE sont réelles. Elles sont conséquences de leur culture propre. Aucun pays n’a la même vision de son voisin au regard de leur histoire, de leurs institutions et de leurs pratiques. La France n’est pas le Danemark, la Pologne, l’Italie ou l’Irlande. Chaque pays a une singularité. La principale difficulté c’est qu’ils sont confrontés à un cadre juridique qui réglemente les politiques économiques sans faire de distinction entre les États. Le dernier exemple est la taxation des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Cela entre dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale. Le coût de cette fraude estimé en France se situe entre 60 et 100 milliards d’euros. Pour cela, la France souhaite que les GAFA soient taxés au niveau européen car ils sous-évalue leurs chiffres d’affaire et bénéfices. Seulement, certains pays ont besoin de l’évasion fiscale. L’Irlande et le Luxembourg ont des taux d’imposition sur les entreprises qui sont les moins coûteux de l’Union européenne. De ce fait, les GAFA trouvent plus intéressant de déclarer leurs impôts dans ces pays-là. Résultat : la France se retrouve coincée car elle ne pourrait s’ingérer dans les affaires de pays qui ont besoin de cette politique fiscale. On ne peut leur reprocher car ils défendent légitimement leurs intérêts tout comme nous.

Si ça coince au niveau de l’UE, c’est parce que les traités ont une procédure très stricte et les différents organes institutionnels de l’UE se doivent de les respecter. En effet, il est obligatoire que la modification d’un traité ou l’adoption d’un nouveau soit adopté à l’unanimité des États membres. Autrement dit, les 28 sont obligés d’adopter les mêmes règles y compris celles qui les défavoriseraient économiquement et socialement.

Article 48
(ex-article 48 TUE)
1. Les traités peuvent être modifiés conformément à une procédure de révision ordinaire. Ils peuvent également être modifiés conformément à des procédures de révision simplifiées.
Procédure de révision ordinaire
2. Le gouvernement de tout État membre, le Parlement européen ou la Commission peut soumettre au Conseil des projets tendant à la révision des traités. Ces projets peuvent, entre autres, tendre à accroître ou à réduire les compétences attribuées à l’Union dans les traités. Ces projets sont transmis par le Conseil au Conseil européen et notifiés aux parlements nationaux.
3. Si le Conseil européen, après consultation du Parlement européen et de la Commission, adopte à la majorité simple une décision favorable à l’examen des modifications proposées, le président du Conseil européen convoque une Convention composée de représentants des parlements nationaux, des chefs d’État ou de gouvernement des États membres, du Parlement européen et de la Commission. La Banque centrale européenne est également consultée dans le cas de modifications institutionnelles dans le domaine monétaire. La Convention examine les projets de révision et adopte par consensus une recommandation à une Conférence des représentants des gouvernements des États membres telle que prévue au paragraphe 4.
Le Conseil européen peut décider à la majorité simple, après approbation du Parlement européen, de ne pas convoquer de Convention lorsque l’ampleur des modifications ne le justifie pas. Dans ce dernier cas, le Conseil européen établit le mandat pour une Conférence des représentants des gouvernements des États membres.
4. Une Conférence des représentants des gouvernements des États membres est convoquée par le président du Conseil en vue d’arrêter d’un commun accord les modifications à apporter aux traités.
Les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives.
5. Si à l’issue d’un délai de deux ans à compter de la signature d’un traité modifiant les traités, les quatre cinquièmes des États membres ont ratifié ledit traité et qu’un ou plusieurs États membres ont rencontré des difficultés pour procéder à ladite ratification, le Conseil européen se saisit de la question.
Procédures de révision simplifiées
6. Le gouvernement de tout État membre, le Parlement européen ou la Commission peut soumettre au Conseil européen des projets tendant à la révision de tout ou partie des dispositions de la troisième partie du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, relatives aux politiques et actions internes de l’Union.
Le Conseil européen peut adopter une décision modifiant tout ou partie des dispositions de la troisième partie du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Le Conseil européen statue à l’unanimité, après consultation du Parlement européen et de la Commission ainsi que de la Banque centrale européenne dans le cas de modifications institutionnelles dans le domaine monétaire. Cette décision n’entre en vigueur qu’après son approbation par les États membres, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives.
La décision visée au deuxième alinéa ne peut pas accroître les compétences attribuées à l’Union dans les traités.
7. Lorsque le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ou le titre V du présent traité prévoit que le Conseil statue à l’unanimité dans un domaine ou dans un cas déterminé, le Conseil européen peut adopter une décision autorisant le Conseil à statuer à la majorité qualifiée dans ce domaine ou dans ce cas. Le présent alinéa ne s’applique pas aux décisions ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense.
Lorsque le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne prévoit que des actes législatifs sont adoptés par le Conseil conformément à une procédure législative spéciale, le Conseil européen peut adopter une décision autorisant l’adoption desdits actes conformément à la procédure législative ordinaire.
Toute initiative prise par le Conseil européen sur la base du premier ou du deuxième alinéa est transmise aux parlements nationaux. En cas d’opposition d’un parlement national notifiée dans un délai de six mois après cette transmission, la décision visée au premier ou au deuxième alinéa n’est pas adoptée. En l’absence d’opposition, le Conseil européen peut adopter ladite décision.
Pour l’adoption des décisions visées au premier ou au deuxième alinéa, le Conseil européen statue à l’unanimité, après approbation du Parlement européen, qui se prononce à la majorité des membres qui le composent.

Source : Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne (article 48)

Conclusion

La question que devrait se poser chaque parti politique et chaque citoyen est la suivante: pourquoi ne peut-on pas avancer dans des projets européens ? Avons-nous un avantage à rester dans une organisation supranationale qui ne facilite pas les coopérations et qui divise les peuples d’Europe entre eux ? Aucun. Les projets de révision des traités avancés par chaque mouvement politique seront un échec. D’ailleurs, la tribune du Président de la République n’a pas été très bien accueillie dans les autres pays de l’UE. La presse européenne a jugé le point de vue du président moralisateur et donneur de leçon. C’est dire qu’ils ont raison. Le Président a cru se placer au-dessus des autres pays mais il oublie ou fait semblant d’oublier que chaque pays est un membres permanent de l’UE et qu’il a également le droit à la parole comme la France et l’Allemagne. Prétendre diriger l’UE c’est risquer de se mettre à dos différents partenaires européens alors que nous sommes dans un contexte internationale de fortes tensions. Est-ce bien raisonnable ? Pas si sûr.

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Auteur : Regard d'un catholique

Je suis catholique pratiquant. Mes idées s'inspirent de la Doctrine Sociale de l'Église catholique. Sur le plan politique, je suis souverainiste, social et conservateur.

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